Les fables de l'ennéagramme


"Je me sers d’animaux pour instruire les hommes" : c'est ainsi que Jean de la Fontaine aimait à présenter les plus connues de ses œuvres : ses Fables. Et quoi de mieux pour instruire les hommes que de les représenter, sous forme d'animaux en l’occurrence, dans le meilleur et surtout le pire de leurs comportements. Si La Fontaine, en quelques vers, cherchait à représenter ses contemporains, comment ses Fables ont-elles parcouru les siècles, et servent encore aujourd'hui à décrire bon nombre de nos travers en diverses situations ? Tout simplement parce que les motivations profondes des femmes et des hommes sont intemporelles, durent depuis des millénaires et ne changeront jamais.


Quel meilleur outil pour les comprendre que l'ennéagramme (je vous renvoie à mon article dédié sur le sujet, ici) ? Cet outil nous donne les clefs pour comprendre nos motivations profondes, et comment notre ego forge notre personnalité. Et si Jean de la Fontaine ne cherchait simplement pas, à sa manière, à décrypter ce qui se joue de part et d'autre d'une flèche de l'ennéagramme, en mettant en scène des couples de profils ?



La Cigale et la Fourmi

Débutons par une des plus célèbres fables de la Fontaine : la cigale et la fourmi. En stage sur la connaissance de soi, nombreux sont ceux qui aimeraient profiter de l'apparente insouciance du "7" ; on me demande souvent quel est le problème de voir toujours la vie positivement et pleine de l'optimisme de ce profil. La Fontaine en donne une explication : "La Cigale, ayant chanté Tout l'été, Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue". En effet, la cigale, en bonne "7", passe son temps à prendre du bon temps et du plaisir. Cette cigale est dans la passion du "7", la démesure : "Nuit et jour à tout venant, Je chantais, ne vous déplaise".

Quand cela ne va plus, elle va trouver la fourmi, animal totem du "1" s'il en est, qui elle aussi vit son vice, la rancune. Pleine de colère, elle va laisser échapper cette colère devenue rancune, en envoyant une petite pique bien tranchante : "Vous chantiez ? j'en suis fort aise. Eh bien !dansez maintenant". Il fallait travailler, au lieu de s'amuser. Comme pour tous ses congénères "1", le travail doit passer avant le plaisir !



Le Lièvre et la Tortue

Après le couple "1"-"7", passons à un autre duo bien connu : le lièvre et la tortue, qui symbolise selon moi le couple "9" - "3", mais pas dans le sens où on pourrait l'entendre de prime abord.

En effet, on parle souvent des "9" comme des gens lents, ce qui pourrait laisser penser que la tortue serait un "9". Il n'en est rien. Le "9" n'est pas lent, il va à son rythme. Et son vice, c'est la paresse. Que nous dit la Fontaine à propos du lièvre justement ? Ce dernier parie avec la tortue qu'il pourra gagner une course, qui pourrait être facile pour lui : "Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire". Mais alors pourquoi ne part-il pas dans l'instant ? Parce qu'il a la pression de la course, peut-être, mais surtout parce qu'il est paresseux et ne sait pas gérer ses priorités : "Ayant (...) du temps de reste pour brouter, Pour dormir, et pour écouter D'où vient le vent, il laisse la Tortue" commencer la course seule. Et, ce faisant, il a du mal à prioriser ce qu'il doit faire et se perd dans ses autres activités : "Il broute, il se repose, Il s'amuse à toute autre chose".

Et notre amie la tortue ? Elle est lente pourtant, comme un "9" ... Pas du tout ! En bonne "3", elle n'a qu'une chose en tête, qu'un seul objectif : gagner, atteindre son "but" ! Et elle sait que pour gagner, elle doit partir sans attendre : " Elle part, elle s'évertue ; Elle se hâte avec lenteur".

Et "À la fin, quand il vit Que l'autre touchait presque au bout de la carrière, Il (le lièvre) partit comme un trait" : le "9" passe en "3" pour gagner. Mais, trop tard, on ne rattrape pas un "3" qui touche au but.



Le Corbeau et le Renard

Au cœur de sa forêt, le corbeau est un parfait représentant du profil "4", unique, "sur un arbre perché". Alors quand le renard, "2" manipulateur, lui dit "que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !", le sens du beau du corbeau se réveille et ce "4" pense avoir trouvé quelqu'un qui le comprend. Le renard, en bon "2", sait exactement ce qu'il faut lui dire pour lui faire plaisir, et continue à le flatter pour lui faire comprendre à quel point il est unique, à quel point il est au dessus des autres, jusqu'à devenir "le Phénix des hôtes de ces bois".

Et comme on lui propose de l'écouter, il n'en faut pas plus au corbeau "pour montrer sa belle voix, [et ouvrir] un large bec". Comprenant qu'il s'est fait avoir, et qu'il est donc abandonné par le renard, il se retrouve, "honteux et confus". Tellement "4" ... Et quelle meilleure morale que "tout flatteur vit aux dépends de celui qui l'écoute" pour résumer la motivation profonde d'un "2", qui cherche à vivre aux dépends de ceux qu'il force à l'écouter ?



Le Lion et le Rat

Comme souvent dans les règles françaises, il faut une exception pour confirmer la règle. Il est une fable dans laquelle les deux profils ne sont pas reliés par une flèche, mais par une aile ; c'est le cas du lion et du rat.

Ici encore, La Fontaine utilise un animal totem pour représenter un profil : le "8" par un lion. Et pour une fois, ce "8" est intégré dans le début de la fable : lorsqu'"Entre les pattes d'un Lion, Un Rat sortit de terre assez à l'étourdie[,], Le Roi des animaux, en cette occasion, Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.". En d'autres termes, le "8" ne montre pas sa force ni sa puissance, mais montre, intégré en "2", qu'il est là pour protéger et laisser la vie au faible rat, "9", qui est "assez à l'étourdie".

"Ce bienfait ne fut pas perdu" : quand le lion a, à son tour, besoin d'aide et que sa force ne fait rien, le rat accourt et le délivre, fort de la devise du "9" : "Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage" !



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© 2019 par Olivier Friedman - Coach individuel et d'équipe | Certifié de l’International Coach Federation (PCC), en Enneagramme et en co-développement